Prométhée
Que vaut un don dont le prix recommence chaque jour ?
Don risqué · Transgression assumée · Prix à payer
La question du tirage« Quel don, chez vous, est aussi la source de vos plus grandes complications ? »
Neuf chapitres à explorer, à votre rythme. Ouvrez un titre pour le lire, refermez-le, avancez, revenez — chaque chapitre approfondit une facette différente de Prométhée. Et peut-être aussi de vous.
I.
Le Mythe
Le Mythe
Son nom signifie « celui qui pense avant », et il l'a prouvé au prix de son propre corps.
Fils du Titan Japet, Prométhée choisit, selon Eschyle, le camp de Zeus dans la guerre contre les Titans, à la différence de la plupart des siens. Mais lorsqu'il faut partager un sacrifice entre les dieux et les mortels, il joue un tour en faveur des hommes : il enveloppe les os du bœuf d'une graisse appétissante et cache la viande sous des entrailles peu engageantes. Zeus choisit la part qui brille. Dupé, ou feignant de l'être pour se donner une raison d'agir, il entre en fureur et prive l'humanité du feu.
Prométhée ne s'arrête pas là. Il dérobe une étincelle du feu divin, la cache dans une tige de fenouil creuse et l'apporte aux hommes. Grâce à elle, ils auront la cuisson, la forge, les outils, les arts, toute une civilisation qu'ils n'auraient jamais connue sans lui.
Le geste est généreux, mais il est aussi audacieux : un dieu décide seul de ce que les mortels méritent de savoir, et s'arroge un pouvoir qu'il n'avait pas à distribuer. Entre le don et la transgression, la frontière n'a jamais été nette.
Zeus le punit sans limite de temps. Enchaîné à un rocher du Caucase, Prométhée voit chaque jour un aigle lui dévorer le foie, qui repousse chaque nuit pour que le supplice recommence, indéfiniment. Il faudra attendre très longtemps pour qu'Héraclès, de passage et avec l'accord de Zeus lui-même, tue l'aigle et le libère.
Son nom signifie « celui qui pense avant », et il l'a prouvé au prix de son propre corps.
Fils du Titan Japet et de l'Océanide Clymène, frère d'Atlas, de Ménétios et d'Épiméthée, Prométhée choisit, selon Eschyle, le camp de Zeus dans la guerre contre les Titans, à la différence de la plupart des siens. Mais lorsqu'il faut partager à Mécone un sacrifice entre les dieux et les mortels, il joue un tour en faveur des hommes : il enveloppe les os du bœuf d'une graisse blanche et appétissante, et cache la viande et les entrailles sous la panse peu engageante de l'animal. Zeus choisit la part qui brille. Selon Hésiode, il avait vu clair dans la manœuvre dès le début, et il a choisi cette part précisément pour avoir une raison légitime de punir les hommes. Qu'il soit réellement furieux ou qu'il feigne de l'être, il prive l'humanité du feu.
Prométhée ne s'arrête pas là. Il dérobe une étincelle du feu divin, dans l'atelier d'Héphaïstos et d'Athéna selon Platon, la cache dans une tige de fenouil creuse et l'apporte aux hommes. Grâce à elle, ils auront la cuisson, la forge, les outils, les arts, toute une civilisation qu'ils n'auraient jamais connue sans lui. Des traditions plus tardives lui attribuent aussi la création des premiers hommes, façonnés dans l'argile.
Le geste est généreux, mais il est aussi audacieux : un dieu décide seul de ce que les mortels méritent de savoir, et s'arroge un pouvoir qu'il n'avait pas à distribuer. Entre le don et la transgression, la frontière n'a jamais été nette.
Zeus punit aussi les autres fils de Japet. Atlas est condamné à porter le ciel sur ses épaules, Ménétios précipité dans l'Érèbe, et Épiméthée, malgré l'avertissement de son frère, accepte le présent empoisonné que sera Pandore. Quant à Prométhée, il est seul à être enchaîné à un rocher, au Caucase selon Apollodore, en Scythie selon Eschyle. Chaque jour un aigle vient lui dévorer le foie, qui repousse chaque nuit pour que le supplice recommence, indéfiniment. Ce n'est qu'après très longtemps, trente mille ans selon Hygin, dans une tradition tardive, qu'Héraclès, de passage et avec l'accord de Zeus lui-même, tue l'aigle et le libère.
II.
Qualités & Ombre
Qualités & Ombre
Chez Prométhée, chaque force porte en elle son revers. Ce n'est pas une faille — c'est le prix d'une générosité qui s'arroge, au passage, un pouvoir qui n'était pas tout à fait le sien.
III.
Aspirer & mettre en action
Aspirer & mettre en action
Devant Prométhée, la sagesse ne consiste pas à donner sans réfléchir, mais à mesurer le prix d'avance et à le payer sans regret.
Le geste du moment
IV.
Lecture philosophique
Lecture philosophique
Le choix même de son supplice invite à un rapprochement, même si Platon ne le fait pas lui-même. Dans le Timée, il explique que les dieux ont placé dans le foie un miroir destiné à recevoir, pendant le sommeil, les images envoyées par la raison : c'est précisément cet organe, écrit-il, qui rend possible la divination par les songes — sans le moindre mot, chez lui, sur le supplice de Prométhée. Prométhée, dont le nom signifie littéralement celui qui voit avant, celui qui pense en avance sur les événements, se voit néanmoins dévorer chaque jour l'organe même que les Grecs associaient à la prévoyance et à la vision de l'avenir. Sa punition semble alors viser très exactement le siège physique de ce qui a rendu sa transgression possible.
Il y a peut-être une seconde logique à ce châtiment, plus profonde encore. Les animaux, dans la pensée grecque, suivent chacun un destin fixe et immuable : l'abeille butine, la fourmi travaille, chacun rejoue sans fin le même rôle, celui que lui a assigné sa nature. En privant les hommes de tout don spécialisé pour ensuite leur offrir le feu et les arts, Prométhée les a précisément arrachés à cette destinée fermée : l'humain devient le seul être vivant qui n'a pas de rôle fixe à jouer, libre d'inventer sans cesse ce qu'il va devenir. Sa punition l'enferme, lui, dans l'exact contraire de ce qu'il a offert : un cycle qui se répète à l'identique, chaque jour, sans terme annoncé — jusqu'à sa délivrance par Héraclès. Celui qui a libéré l'humanité de la destinée fixe est condamné, en attendant, à l'incarner lui-même — le même type de cycle sans fin qu'on retrouve chez Sisyphe, infligé lui aussi à quelqu'un qui avait cherché à s'extraire d'une condition donnée.
❧ Hans JonasDans Le Principe responsabilité (1979), Hans Jonas ouvre son propos sur l'image d'un "Prométhée définitivement déchaîné" : la technique moderne, portée par une science et une économie sans limites, confère à l'humanité des pouvoirs qu'aucune éthique ancienne n'avait anticipés. Jonas ne demande pas de renoncer à ce pouvoir, mais d'inventer une responsabilité à sa mesure, capable de se projeter jusqu'aux conséquences les plus lointaines de nos actes.
Aller plus loin — Prométhée à travers ses objets
Quatre objets, un seul fil : ce qui civilise, ce qui protège la braise, ce qui punit, et ce qui retient.
V.
Regard psychologique
Regard psychologique
Le psychologue Walter Mischel a rendu célèbre une expérience simple : proposer à des enfants un bonbon tout de suite, ou deux s'ils acceptent d'attendre quelques minutes. Cette capacité à différer une satisfaction immédiate en vue d'un bénéfice futur, ce que Mischel appelle la maîtrise de soi, a longtemps été présentée comme un excellent prédicteur de la réussite future. Une étude menée en 2018 sur près de 900 enfants montre un lien bien plus faible qu'annoncé, fortement réduit une fois pris en compte le contexte familial et social de l'enfant. Prométhée porte cette qualité jusque dans son nom : il pense avant, il anticipe, il accepte une souffrance immédiate pour un bénéfice qu'il ne verra peut-être jamais lui-même.
VI.
L'ancrage sensoriel
L'ancrage sensoriel
Le bois qui brûle pour la première fois, la fumée d'un feu de forge.
Celui d'une montagne isolée, avant le battement d'ailes.
Un fait réel : le foie humain est l'un des seuls organes capables de se régénérer presque intégralement après une ablation partielle. On s'est parfois demandé si les Grecs anciens avaient pressenti cette propriété, mais rien ne permet de l'affirmer.
Le crépitement du premier feu, le cri d'un aigle au loin.
Le "principe de précaution" — présent dès les années 1970 dans le droit allemand, puis inscrit dans la Déclaration de Rio de 1992 et, en France, dans la Charte de l'environnement de 2005 — est souvent rapproché de l'appel de Hans Jonas à mesurer les conséquences d'un pouvoir avant de l'exercer pleinement.
VII.
Méditation
Méditation
Fermez les yeux. Laissez tomber les épaules. — respirez — Imaginez que vous tenez dans votre main une petite flamme. Vous pensez la donner à quelqu'un, et vous mesurez ce que ce don pourrait vous coûter. — respirez — Sentez la différence entre offrir sur un élan et offrir en connaissant le prix à payer. — respirez — Pensez à un don que vous avez fait, ou que vous envisagez de faire, et qui a un coût, discret ou non. Qui en a connaissance ? — respirez — Demandez-vous ce qui, dans ce coût, vous paraît juste, et ce qui ne l'est pas. Vous avez le droit de donner moins, ou autrement. — respirez — Remarquez ce que vous ressentez à l'idée de continuer, et à l'idée de vous arrêter. — respirez une dernière fois — Quand vous êtes prêt, ouvrez les yeux. Emportez cette phrase : certains dons ont un prix que l'on connaît d'avance, reste à savoir celui que l'on accepte de payer.
VIII.
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Formule
Formule
J'accueille les conséquences de ce que j'ai donné en pleine conscience. Je n'ai pas besoin d'être approuvé par l'autorité pour agir selon ce qui me semble juste. Ma prévoyance me sert, même quand elle me coûte cher. Je porte mes choix sans regret, même quand ils se répètent chaque jour.
IX.
Symboles
Symboles




Prométhée ne figure pas parmi les points hypothétiques utilisés en astrologie, contrairement à plusieurs autres figures de ce jeu. Son nom a en revanche été donné, bien réellement cette fois, à l'une des petites lunes de Saturne, découverte en 1980, qui façonne activement l'un des anneaux de la planète par sa seule gravité. Un dieu du feu et de la technique, associé pour de bon à un corps céleste qui sculpte son environnement plutôt qu'il ne s'y soumet.
« Certains dons valent leur prix, même répété sans fin. »