❧ Dieu de la guerre — celui que personne n'aime, pas même son père

Arès

La force n'a-t-elle de valeur que par ce qu'elle défend ?

Courage · Force brute · Protection des siens Témérité · Brutalité gratuite · Vengeance disproportionnée
entrer sur le champ de bataille
❧ Le message d'Arès ❧
Courage · Force brute · Protection des siens ⇄ Témérité · Brutalité gratuite · Vengeance disproportionnée
« Même son propre père le déteste. Sa violence n'a trouvé une vraie justification qu'une seule fois. »
Formule
J'accueille ma force sans la confondre avec de la destruction. Je vérifie ma juste cause avant de frapper. Je protège sans que la protection ne devienne prétexte à tout détruire. Mon courage sait pourquoi il se bat.

Pourquoi cette carte apparaît

Courage · Juste cause · Excès

La question du tirage

« La force que vous portez a-t-elle une vraie cause, ou cherche-t-elle seulement à s'exprimer ? »

Envie d'aller plus loin ?

Neuf chapitres à explorer, à votre rythme. Ouvrez un titre pour le lire, refermez-le, avancez, revenez — chaque chapitre approfondit une facette différente d'Arès. Et peut-être aussi de vous.

I.

Le Mythe

Même son propre père le déteste
+

Même son propre père le déteste.

Dans l'Iliade, Zeus l'avoue sans détour à Arès lui-même : de tous les dieux de l'Olympe, c'est lui qu'il tient pour le plus haïssable. Arès est le dieu de la guerre, mais de la guerre brute, sans stratégie ni juste cause, celle qui se nourrit du sang versé pour lui-même.

Il ne combat jamais seul. Deux compagnons l'escortent sur le champ de bataille, Phobos la Peur et Déimos la Terreur, qui sont ses fils selon Hésiode. Au lieu de la victoire, ils apportent ce que la guerre produit vraiment, une fois qu'on lui retire la gloire qu'on lui prête.

Pendant la guerre de Troie, il essuie deux défaites face à Athéna. D'abord une lance que la déesse guide jusque dans son ventre, et qui le fait remonter à l'Olympe en hurlant pour s'y plaindre ; plus tard une pierre, qui l'abat d'un coup pendant qu'Athéna rit.

Dans un récit pourtant, sa violence trouve une vraie justification. Un fils de Poséidon s'en prend à sa fille, et Arès le tue sur-le-champ. Traduit devant le tribunal des dieux pour ce meurtre, sur une colline d'Athènes qui portera désormais son nom, l'Aréopage, il est acquitté.

Un procès fondateur de l'Aréopage
innocente le dieu le plus violent de l'Olympe.
Question retourComment distinguez-vous le courage de la colère ?

Même son propre père le déteste.

Dans l'Iliade, Zeus l'avoue sans détour à Arès lui-même : il le tient pour le plus haïssable de tous les dieux de l'Olympe, celui dont il supporterait le moins la présence si la lignée ne l'y obligeait pas. Il le fait pourtant soigner par Péon, le guérisseur des dieux. Arès est le dieu de la guerre, mais d'une guerre brute, sans stratégie ni juste cause, qui se nourrit du sang versé pour lui-même plutôt que d'une victoire à construire.

Il ne combat jamais seul. Deux compagnons l'accompagnent au champ de bataille, Phobos la Peur et Déimos la Terreur, ses fils selon Hésiode, parfois rejoints par Éris, la Discorde, sa sœur. Au lieu de la victoire, ils apportent ce que la guerre produit vraiment, une fois qu'on retire la gloire qu'on lui prête.

Il n'a pas plus de chance en amour qu'en stratégie. Épris d'Aphrodite, qui est mariée à Héphaïstos, il la retrouve régulièrement dans son lit, jusqu'au jour où le forgeron trahi tisse un filet invisible, fin comme une toile d'araignée, et les surprend enlacés, incapables de se dégager. Les dieux accourent pour rire du spectacle, tandis que les déesses restent chez elles par pudeur. Pendant la guerre de Troie, il essuie deux défaites face à Athéna : une lance qu'elle guide jusque dans son ventre, qui le fait remonter se plaindre en hurlant à l'Olympe, puis une pierre qui l'abat pendant qu'elle rit. Deux géants, Otos et Éphialtès, parviennent même à l'enfermer treize mois durant dans une jarre de bronze, jusqu'à ce que leur belle-mère Ériboia prévienne Hermès, qui vient dérober le dieu, épuisé.

Dans un récit pourtant, sa violence trouve une vraie justification. Un fils de Poséidon s'en prend à sa fille Alcippé, et Arès le tue sur-le-champ. Traduit devant le tribunal des dieux pour ce meurtre, sur une colline d'Athènes qui portera désormais son nom, l'Aréopage, il est acquitté. La tradition la plus répandue en fait le premier procès tenu sur l'Aréopage : il innocente le dieu le plus violent de l'Olympe ; dans ce récit, sa violence protège sa fille. Eschyle, lui, rattache le nom de la colline à un tout autre épisode, le sacrifice qu'y firent les Amazones à Arès. Chez lui, le premier procès est celui d'Oreste.

De son union avec Aphrodite naît pourtant Harmonie : la guerre et l'amour, une fois réunis, donnent un enfant dont le nom dit l'accord.

II.

Qualités & Ombre

Ce que chaque courage sans cause porte comme revers
+

Chez Arès, chaque force porte en elle son revers. Ce n'est pas une faille — c'est le prix d'un courage qui, presque toujours, oublie de se demander pourquoi il se bat.

Courage⇄Témérité
Force brute⇄Brutalité gratuite
Protection des siens⇄Vengeance disproportionnée
Vitalité combative⇄Goût de la destruction pour elle-même
Franchise⇄Absence de retenue
III.

Aspirer & mettre en action

Quatre gestes pour vérifier sa juste cause avant de frapper
+

Devant Arès, la sagesse ne consiste pas à étouffer sa force, mais à se demander pourquoi, avant de se demander comment.

Le geste du moment Les trois autres gestes
01
Distinguer le courage de la simple téméritéL'un sait ce qu'il risque, l'autre ne s'en soucie pas.
02
Accepter une défaite sans que la fureur ne redoublePerdre une fois ne justifie pas de tout détruire ensuite.
03
Protéger sans que la protection ne devienne un prétexteDéfendre les siens n'autorise pas à tout emporter au passage.
Question retourLequel de ces gestes vous coûte le plus ?
Revenir à votre question

IV.

Lecture philosophique

Saint Augustin — la guerre juste
+
La lance, l'arme qui frappe sans réfléchir
La lance — la force qui manque presque toujours de juste cause
❧ Saint Augustin

Augustin ne condamne pas la guerre en bloc, mais ce qu'on y blâme toujours : le désir de nuire, la cruauté de la vengeance, un esprit implacable, l'ardeur à se révolter, la soif de dominer. Sa formule reste célèbre : que la nécessité tue l'ennemi, non la volonté. Une intention droite, une cause juste, voilà ce qui distingue la force qui se justifie de la brutalité qui se donne des excuses — la systématisation en critères plus stricts viendra plus tard, chez des penseurs médiévaux. Arès incarne presque toujours ce que cette exigence cherche à exclure, la guerre pour elle-même. Le jour de son procès sur l'Aréopage reste la seule exception : une cause juste, une intention droite, et pour la première et unique fois, l'acquittement.

Question retourLa dernière fois que vous avez agi avec force, aviez-vous une juste cause, ou seulement une colère à décharger ?
+ Aller plus loin — Arès à travers ses objets

Quatre objets, un seul fil : ce qui protège, ce qui frappe, ce qui survole les champs de bataille, et ce qui parvient à le contenir.

Casque de guerrier antique
La protection qui devient identité
Le Casque
Cabossé, usé, marqué par chaque affrontement. Ce qui protège la tête finit par devenir le visage qu'on montre au monde.
Lance ancienne
La force sans détour
La Lance
Une arme directe, sans ruse ni stratégie. Ce qu'Arès sait faire, il le fait sans détour, pour le meilleur et pour le pire.
Vautour
Ce qui reste après la bataille
Le Vautour
Il ne cause jamais la guerre. Il vient seulement constater, patiemment, ce qu'elle laisse derrière elle.
Jarre de bronze ancienne
La force contenue
La Jarre de Bronze
Même le dieu de la guerre a passé treize mois enfermé dedans. La preuve qu'aucune force, aussi brutale soit-elle, n'est à l'abri d'être contenue par plus rusé qu'elle.
Question retourLequel de ces quatre objets ressemble le plus à la façon dont vous, vous portez votre propre force ?
V.

Regard psychologique

Agression réactive et agression instrumentale
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❧ Agression réactive et agression instrumentale

Les psychologues distinguent aujourd'hui l'agression réactive, impulsive, déclenchée par une menace ou une frustration immédiate, de l'agression instrumentale, utilisée comme moyen au service d'un but — prendre, dominer — qui la dépasse. La distinction reste discutée, les deux formes se mêlant souvent dans un même geste. Arès est la personnification presque parfaite de la première catégorie : même le jour où il défend sa fille, sa violence reste une riposte immédiate, réactive, non un calcul.

Question retourLa dernière fois que vous avez réagi avec agressivité, était-ce pour atteindre un but, ou simplement pour évacuer une tension ?
VI.

L'ancrage sensoriel

Une odeur, un silence, un fait, un son
+
L'odeur — sang et métal

Le sang et la poussière d'un champ de bataille, le métal froid des armes.

Le silence après la bataille

Celui qui suit un combat, quand la fureur retombe et qu'il ne reste que les dégâts.

Le sublime historique

Un fait réel : la colline de l'Aréopage existe encore aujourd'hui à Athènes, et son nom a longtemps désigné, dans la réalité historique, le plus haut tribunal de la cité, celui qui jugeait les crimes de sang. Aujourd'hui encore, la Cour suprême civile et pénale de Grèce porte ce même nom, Áreios Págos.

Le son — cri de guerre et boucliers

Le cri de guerre, le choc des boucliers.

Écho moderne — le droit international

Le droit international contemporain encadre lui aussi strictement le recours à la force, notamment autour de la légitime défense — un écho lointain, plutôt qu'une équivalence, avec la question posée par le procès d'Arès.

Question retourQuelle règle vous donnez-vous, à vous-même, pour juger si une force est légitime ou non ?
VII.

Méditation

Une colère examinée, une juste cause trouvée
+

Fermez les yeux. Laissez tomber les épaules. — respirez — Imaginez une colère qui monte en vous, chaude, immédiate, prête à agir avant même d'avoir réfléchi, plus rapide que la pensée. — respirez — Avant de la laisser sortir, posez-vous une seule question : que protège-t-elle ? Y a-t-il en elle une cause juste, une simple tension qui cherche une porte, un mélange de plusieurs motifs ? — respirez — Imaginez que vous portez cette colère devant un tribunal intérieur, calme, qui ne juge pas à la hâte. Vous l'examinez en pleine lumière, et elle n'a pas à se défendre tout de suite. — respirez — Remarquez la différence entre le courage, qui sait pourquoi il se bat, et la témérité, qui fonce sans raison. — respirez — Sentez qu'on peut être fort sans détruire, protéger sans tout emporter sur son passage, tenir sa position sans raser ce qui l'entoure. — respirez — Laissez cette force trouver sa juste cause. Si elle n'en a pas, laissez-la redescendre, sans honte et sans avoir à l'expliquer. — respirez une dernière fois — Quand vous êtes prêt, ouvrez les yeux. Emportez cette question : que voulez-vous défendre avec votre force ?

VIII.
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Formule

Formule divinatoire — les mots à prononcer
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✦ Formule divinatoire ✦

J'accueille ma force sans la confondre avec de la destruction. Je vérifie ma juste cause avant de frapper. Je protège sans que la protection ne devienne prétexte à tout détruire. Mon courage sait pourquoi il se bat.

IX.

Symboles

Le casque, la lance, le vautour, la jarre de bronze
+
Le Casque
La protection qui finit par devenir un visage.
La Lance
Une force directe, sans ruse ni détour.
Le Vautour
Ce qui reste, patiemment, après la fureur.
La Jarre de Bronze
La preuve qu'aucune force n'est à l'abri d'être contenue.
🔮 Correspondance ésotérique

Chez les astrologues, Arès porte son nom latin, Mars — associé au fer en alchimie, et à un symbole, le cercle traversé d'une flèche, devenu aujourd'hui, sous l'impulsion du naturaliste Linné au XVIIIe siècle, le signe universel du masculin en biologie. Dans le système ésotérique de la Golden Dawn, la planète Mars est associée à la lame de la Maison Dieu, tandis que le signe astrologique du Bélier correspond à l'Empereur, le pouvoir de décision et d'action. Et chaque semaine, sans que personne n'y pense, mardi, dies Martis, porte encore son nom.

Sources & traditions
Sources antiques — Homère, Iliade · Pausanias, Description de la Grèce
Sources modernes — Luc Ferry, La Sagesse des mythes (Plon) · Saint Augustin · la distinction agression réactive / instrumentale

« La force n'a-t-elle de valeur que par ce qu'elle défend ? »

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