Arès
La force n'a-t-elle de valeur que par ce qu'elle défend ?
Courage · Juste cause · Excès
La question du tirage« La force que vous portez a-t-elle une vraie cause, ou cherche-t-elle seulement à s'exprimer ? »
Neuf chapitres à explorer, à votre rythme. Ouvrez un titre pour le lire, refermez-le, avancez, revenez — chaque chapitre approfondit une facette différente d'Arès. Et peut-être aussi de vous.
I.
Le Mythe
Le Mythe
Même son propre père le déteste.
Dans l'Iliade, Zeus l'avoue sans détour à Arès lui-même : de tous les dieux de l'Olympe, c'est lui qu'il tient pour le plus haïssable. Arès est le dieu de la guerre, mais de la guerre brute, sans stratégie ni juste cause, celle qui se nourrit du sang versé pour lui-même.
Il ne combat jamais seul. Deux compagnons l'escortent sur le champ de bataille, Phobos la Peur et Déimos la Terreur, qui sont ses fils selon Hésiode. Au lieu de la victoire, ils apportent ce que la guerre produit vraiment, une fois qu'on lui retire la gloire qu'on lui prête.
Pendant la guerre de Troie, il essuie deux défaites face à Athéna. D'abord une lance que la déesse guide jusque dans son ventre, et qui le fait remonter à l'Olympe en hurlant pour s'y plaindre ; plus tard une pierre, qui l'abat d'un coup pendant qu'Athéna rit.
Dans un récit pourtant, sa violence trouve une vraie justification. Un fils de Poséidon s'en prend à sa fille, et Arès le tue sur-le-champ. Traduit devant le tribunal des dieux pour ce meurtre, sur une colline d'Athènes qui portera désormais son nom, l'Aréopage, il est acquitté.
Même son propre père le déteste.
Dans l'Iliade, Zeus l'avoue sans détour à Arès lui-même : il le tient pour le plus haïssable de tous les dieux de l'Olympe, celui dont il supporterait le moins la présence si la lignée ne l'y obligeait pas. Il le fait pourtant soigner par Péon, le guérisseur des dieux. Arès est le dieu de la guerre, mais d'une guerre brute, sans stratégie ni juste cause, qui se nourrit du sang versé pour lui-même plutôt que d'une victoire à construire.
Il ne combat jamais seul. Deux compagnons l'accompagnent au champ de bataille, Phobos la Peur et Déimos la Terreur, ses fils selon Hésiode, parfois rejoints par Éris, la Discorde, sa sœur. Au lieu de la victoire, ils apportent ce que la guerre produit vraiment, une fois qu'on retire la gloire qu'on lui prête.
Il n'a pas plus de chance en amour qu'en stratégie. Épris d'Aphrodite, qui est mariée à Héphaïstos, il la retrouve régulièrement dans son lit, jusqu'au jour où le forgeron trahi tisse un filet invisible, fin comme une toile d'araignée, et les surprend enlacés, incapables de se dégager. Les dieux accourent pour rire du spectacle, tandis que les déesses restent chez elles par pudeur. Pendant la guerre de Troie, il essuie deux défaites face à Athéna : une lance qu'elle guide jusque dans son ventre, qui le fait remonter se plaindre en hurlant à l'Olympe, puis une pierre qui l'abat pendant qu'elle rit. Deux géants, Otos et Éphialtès, parviennent même à l'enfermer treize mois durant dans une jarre de bronze, jusqu'à ce que leur belle-mère Ériboia prévienne Hermès, qui vient dérober le dieu, épuisé.
Dans un récit pourtant, sa violence trouve une vraie justification. Un fils de Poséidon s'en prend à sa fille Alcippé, et Arès le tue sur-le-champ. Traduit devant le tribunal des dieux pour ce meurtre, sur une colline d'Athènes qui portera désormais son nom, l'Aréopage, il est acquitté. La tradition la plus répandue en fait le premier procès tenu sur l'Aréopage : il innocente le dieu le plus violent de l'Olympe ; dans ce récit, sa violence protège sa fille. Eschyle, lui, rattache le nom de la colline à un tout autre épisode, le sacrifice qu'y firent les Amazones à Arès. Chez lui, le premier procès est celui d'Oreste.
De son union avec Aphrodite naît pourtant Harmonie : la guerre et l'amour, une fois réunis, donnent un enfant dont le nom dit l'accord.
II.
Qualités & Ombre
Qualités & Ombre
Chez Arès, chaque force porte en elle son revers. Ce n'est pas une faille — c'est le prix d'un courage qui, presque toujours, oublie de se demander pourquoi il se bat.
III.
Aspirer & mettre en action
Aspirer & mettre en action
Devant Arès, la sagesse ne consiste pas à étouffer sa force, mais à se demander pourquoi, avant de se demander comment.
Le geste du moment
IV.
Lecture philosophique
Lecture philosophique
Augustin ne condamne pas la guerre en bloc, mais ce qu'on y blâme toujours : le désir de nuire, la cruauté de la vengeance, un esprit implacable, l'ardeur à se révolter, la soif de dominer. Sa formule reste célèbre : que la nécessité tue l'ennemi, non la volonté. Une intention droite, une cause juste, voilà ce qui distingue la force qui se justifie de la brutalité qui se donne des excuses — la systématisation en critères plus stricts viendra plus tard, chez des penseurs médiévaux. Arès incarne presque toujours ce que cette exigence cherche à exclure, la guerre pour elle-même. Le jour de son procès sur l'Aréopage reste la seule exception : une cause juste, une intention droite, et pour la première et unique fois, l'acquittement.
Aller plus loin — Arès à travers ses objets
Quatre objets, un seul fil : ce qui protège, ce qui frappe, ce qui survole les champs de bataille, et ce qui parvient à le contenir.
V.
Regard psychologique
Regard psychologique
Les psychologues distinguent aujourd'hui l'agression réactive, impulsive, déclenchée par une menace ou une frustration immédiate, de l'agression instrumentale, utilisée comme moyen au service d'un but — prendre, dominer — qui la dépasse. La distinction reste discutée, les deux formes se mêlant souvent dans un même geste. Arès est la personnification presque parfaite de la première catégorie : même le jour où il défend sa fille, sa violence reste une riposte immédiate, réactive, non un calcul.
VI.
L'ancrage sensoriel
L'ancrage sensoriel
Le sang et la poussière d'un champ de bataille, le métal froid des armes.
Celui qui suit un combat, quand la fureur retombe et qu'il ne reste que les dégâts.
Un fait réel : la colline de l'Aréopage existe encore aujourd'hui à Athènes, et son nom a longtemps désigné, dans la réalité historique, le plus haut tribunal de la cité, celui qui jugeait les crimes de sang. Aujourd'hui encore, la Cour suprême civile et pénale de Grèce porte ce même nom, Áreios Págos.
Le cri de guerre, le choc des boucliers.
Le droit international contemporain encadre lui aussi strictement le recours à la force, notamment autour de la légitime défense — un écho lointain, plutôt qu'une équivalence, avec la question posée par le procès d'Arès.
VII.
Méditation
Méditation
Fermez les yeux. Laissez tomber les épaules. — respirez — Imaginez une colère qui monte en vous, chaude, immédiate, prête à agir avant même d'avoir réfléchi, plus rapide que la pensée. — respirez — Avant de la laisser sortir, posez-vous une seule question : que protège-t-elle ? Y a-t-il en elle une cause juste, une simple tension qui cherche une porte, un mélange de plusieurs motifs ? — respirez — Imaginez que vous portez cette colère devant un tribunal intérieur, calme, qui ne juge pas à la hâte. Vous l'examinez en pleine lumière, et elle n'a pas à se défendre tout de suite. — respirez — Remarquez la différence entre le courage, qui sait pourquoi il se bat, et la témérité, qui fonce sans raison. — respirez — Sentez qu'on peut être fort sans détruire, protéger sans tout emporter sur son passage, tenir sa position sans raser ce qui l'entoure. — respirez — Laissez cette force trouver sa juste cause. Si elle n'en a pas, laissez-la redescendre, sans honte et sans avoir à l'expliquer. — respirez une dernière fois — Quand vous êtes prêt, ouvrez les yeux. Emportez cette question : que voulez-vous défendre avec votre force ?
VIII.
✦
Formule
Formule
J'accueille ma force sans la confondre avec de la destruction. Je vérifie ma juste cause avant de frapper. Je protège sans que la protection ne devienne prétexte à tout détruire. Mon courage sait pourquoi il se bat.
IX.
Symboles
Symboles




Chez les astrologues, Arès porte son nom latin, Mars — associé au fer en alchimie, et à un symbole, le cercle traversé d'une flèche, devenu aujourd'hui, sous l'impulsion du naturaliste Linné au XVIIIe siècle, le signe universel du masculin en biologie. Dans le système ésotérique de la Golden Dawn, la planète Mars est associée à la lame de la Maison Dieu, tandis que le signe astrologique du Bélier correspond à l'Empereur, le pouvoir de décision et d'action. Et chaque semaine, sans que personne n'y pense, mardi, dies Martis, porte encore son nom.
« La force n'a-t-elle de valeur que par ce qu'elle défend ? »