Héraclès
Il a tué, dans une folie qu'il n'avait pas choisie, ce qu'il aimait le plus au monde. Douze travaux plus tard, on ne retient de lui que la force.
Héraclès apparaît quand une faute ou une erreur ne peut plus être défaite, et qu'il reste à décider ce que vous choisissez d'en faire.
La question du tirage« Qu'est-ce que vous ne pouvez pas défaire — et qu'avez-vous choisi d'en faire, malgré tout ? »
Neuf chapitres à explorer, à votre rythme. Ouvrez un titre pour le lire, refermez-le, avancez, revenez — chaque chapitre approfondit une facette différente d'Héraclès. Et peut-être aussi de vous.
I.
Le Mythe
Le Mythe
Fils de Zeus et d'une mortelle, Héraclès est haï d'Héra dès le berceau. Devenu adulte, il reçoit d'elle une folie qui lui fait tuer ses propres enfants. Revenu à lui, dévasté, il consulte l'oracle de Delphes pour savoir comment se purifier, et la Pythie lui ordonne de se mettre douze années au service du roi Eurysthée et d'accomplir tout ce qu'il lui commandera.
Les douze travaux qui suivent demandent souvent plus d'intelligence que de force. Il étouffe à mains nues le lion de Némée, que nulle arme ne pouvait percer, détourne deux fleuves pour nettoyer en un jour les écuries d'Augias, et délivre au passage Prométhée enchaîné, ce que personne ne lui demandait.
Bien plus tard, un poison le ronge sans espoir de guérison. Il dresse lui-même son bûcher et s'y fait brûler vif. Zeus l'enlève au ciel : il devient dieu, épouse Hébé, et se réconcilie avec Héra elle-même, qui l'a poursuivi toute sa vie et devient, à la fin, sa belle-mère.
Son père est Zeus, qui a pris les traits d'Amphitryon pour s'unir à Alcmène ; sa mère est mortelle. On l'appelle d'abord Alcide, du nom de son grand-père Alcée. Héra le hait dès le berceau : elle envoie deux serpents pour l'étouffer dans son sommeil, et le nourrisson les étrangle de ses propres mains, un dans chaque poing (Théocrite, Idylle XXIV ; Pindare, Néméenne I). Plus tard, disent Apollodore et Diodore de Sicile, la Pythie lui donne son nom véritable, Héraclès, « la gloire d'Héra ». Delphes, dirait-on, voulait faire la paix entre eux. Le nom ne changera rien à la haine.
Adulte, marié, père de plusieurs enfants, il mène ce qui ressemble à une vie apaisée. Héra frappe alors le grand coup : elle lui envoie la folie, la mania. Dans cet accès, il tue de ses mains ceux qu'il croit être des ennemis, et ce sont ses propres enfants. Selon la tradition la plus répandue, cette folie précède les travaux : revenu à lui, il consulte l'oracle de Delphes, qui lui ordonne de se mettre douze années au service du roi Eurysthée, de Tirynthe, et d'accomplir tout ce qu'il lui commandera (Apollodore, Bibliothèque, II, 4, 12). Chez Euripide (Héraclès, vers 416 av. J.-C.), l'ordre s'inverse : la folie frappe après les travaux, dernière vengeance d'Héra, qui vient briser la paix qu'il venait tout juste de retrouver.
Le premier travail, tuer le lion de Némée, que ni le fer ni le bronze ne peuvent percer, lui apprend qu'il faudra parfois ruser plutôt que frapper : il l'étouffe à mains nues, puis dépouille le lion à l'aide des griffes de la bête. Contre l'hydre de Lerne, Héraclès reçoit l'aide de son neveu Iolaos, qui cautérise les blessures pour empêcher les têtes de repousser. Eurysthée refuse de compter cette épreuve, accomplie avec de l'aide. Pour nettoyer en un jour les écuries d'Augias, Héraclès détourne le cours de deux fleuves au lieu de soulever une pelle ; Eurysthée n'en tiendra pas compte non plus, puisque Héraclès a travaillé contre salaire. Dix travaux étaient d'abord exigés ; ces deux épreuves n'étant pas comptées, deux autres lui seront imposées, et Héraclès en accomplira douze au total. En chemin vers les pommes des Hespérides, il croise l'aigle qui dévore chaque jour le foie de Prométhée ; il tue l'oiseau et brise ses chaînes, un détour hors des travaux imposés. Le dernier, ramener depuis les Enfers le chien Cerbère, il l'accomplit à mains nues, avec la seule permission d'Hadès.
Bien plus tard, un centaure nommé Nessos tente de s'emparer de Déjanire, l'épouse d'Héraclès, et celui-ci l'abat d'une flèche trempée dans le venin de l'hydre. En mourant, Nessos convainc Déjanire de garder son sang comme philtre d'amour. Des années après, craignant de perdre son mari, elle en imprègne une tunique qu'elle lui envoie, et le poison ronge sa chair sans qu'on puisse l'arracher. Ne pouvant ni guérir ni mourir d'une blessure ordinaire, Héraclès dresse lui-même son bûcher sur le mont Oeta et s'y fait brûler vif (Sophocle, Les Trachiniennes ; Ovide, Métamorphoses, IX). Les flammes consument ce qu'il avait de mortel, et Zeus l'enlève au ciel. Sur l'Olympe, il épouse Hébé, déesse de la jeunesse éternelle, et se réconcilie avec Héra elle-même.
II.
Qualités & Ombre
Qualités & Ombre
Héraclès porte à son sommet ce que la persévérance humaine peut accomplir contre l'adversité la plus injuste — et à son envers, ce qui arrive quand une force plus grande que soi échappe, ne serait-ce qu'un instant, à tout contrôle.
III.
Aspirer & mettre en action
Aspirer & mettre en action
Vous n'avez pas besoin de tuer un lion ou de détourner un fleuve pour transformer un poids que vous portez en quelque chose qui compte.
Le geste du moment
IV.
Lecture philosophique
Lecture philosophique
Le sophiste Prodicos avait composé une fable restée célèbre, que Xénophon rapporte dans ses Mémorables (II, 1, 21-34) : au sortir de l'enfance, le jeune Héraclès se retire pour réfléchir à la vie qu'il mènera, et voit venir à lui deux femmes. L'une, Kakia — le Vice, qui se fait appeler Bonheur —, lui promet une existence facile et agréable. L'autre, Arété — la Vertu —, ne promet rien de tel : une vie sévère, faite d'efforts, mais la seule qui mène à quelque chose qui dure. Le récit s'arrête avant de préciser le choix en toutes lettres, mais toute la tradition qui suit — Cicéron le premier, dans Des devoirs (I, 118) — comprend qu'Héraclès choisit Arété, la voie la plus rude.
Ce que le mythe raconte ensuite, ce sont les conséquences exactes de ce choix : une vie de travaux qui ne s'arrêtent jamais tout à fait, parce que la difficulté, pour Prodicos, n'était pas un obstacle sur le chemin de la vertu — elle en était la substance même. Ce que la fable ne dit pas, et que la suite du mythe se charge de rappeler, c'est que la difficulté ne demande pas toujours la permission avant de survenir : la folie d'Héra n'a jamais fait partie du choix qu'il avait fait au carrefour, et pourtant il devra bâtir sa vertu avec elle, pas sans elle.
Aller plus loin — Héraclès à travers ses objets
Quatre objets, une même question : ce que l'on choisit de porter, et ce que cela coûte de le porter.
V.
Regard psychologique
Regard psychologique
La psychanalyste Melanie Klein a proposé, au milieu du XXe siècle, le concept de « réparation » : face à la culpabilité d'avoir endommagé, en réalité ou seulement dans son esprit, quelqu'un qu'on aime, un sujet peut soit sombrer dans le désespoir, soit engager un travail actif pour restaurer ce qui a été abîmé. Cette culpabilité, écrit-elle, doit rester supportable — ni niée, ni écrasante — pour devenir un moteur plutôt qu'une paralysie ; c'est, selon elle, l'une des racines les plus profondes de toute activité créatrice.
Les douze travaux d'Héraclès peuvent se lire exactement dans ce mouvement : une culpabilité que rien ne peut annuler, transformée en une suite d'actes concrets, orientés vers les autres, qui ne rendent pas la vie à ses enfants mais qui empêchent cette culpabilité de le figer. Ce n'est pas un pardon qu'il obtient à la fin — c'est une manière de continuer à vivre et à agir avec ce qu'il ne pourra jamais défaire.
VI.
L'ancrage sensoriel
L'ancrage sensoriel
Le poids et l'odeur d'une épaisse fourrure de lion portée à même la peau, encore chaude du soleil.
Le grondement sourd de deux fleuves détournés d'un coup, et l'eau boueuse qui emporte enfin des années de saleté.
Le sifflement bref d'une flèche trempée dans un venin dont on sait déjà qu'il ne laissera aucune chance.
Aujourd'hui encore, on parle d'une « force herculéenne » ou d'un « travail d'Hercule » pour désigner ce qui semble dépasser les forces d'un seul homme.
La chaleur d'un bûcher qu'on a soi-même construit, et la fumée qui monte droit dans un ciel sans vent — le passage d'une douleur qu'on ne pouvait plus porter vers ce qu'on devient ensuite.
VII.
Méditation
Méditation
Fermez les yeux. Laissez vos épaules descendre. — respirez — Pensez à quelque chose que vous ne pouvez pas défaire : un mot dit, un geste, un moment où vous n'étiez pas celui ou celle que vous auriez voulu être. — respirez — Vous n'avez pas à l'effacer ni à le justifier. Remarquez simplement le poids qu'il garde aujourd'hui dans votre corps. — respirez — Imaginez maintenant que ce poids devienne une force plutôt qu'une paralysie, et qu'il serve à faire, à partir de maintenant, quelque chose qui compte, sans prétendre réparer l'irréparable. — respirez — Pensez à une tâche, même modeste, que vous pourriez accomplir aujourd'hui pour quelqu'un d'autre. Choisissez-la parce qu'elle vaut la peine d'être faite. Ce geste n'effacera pas le passé ; il peut néanmoins avoir sa valeur propre. — respirez — Laissez venir ce que cela déplace en vous. Rien ne s'efface. Quelque chose, pourtant, peut se construire à côté. — une dernière fois — Quand vous êtes prêt, ouvrez les yeux. Emportez une seule image : des mains qui, malgré tout, continuent de travailler.
VIII.
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Formule
Formule
Je ne peux pas défaire ce qui est fait. Je choisis d'en faire quelque chose qui compte. Je mets ma force au service de ce qui doit être réparé. Je n'attends pas d'être pardonné pour continuer d'agir.
IX.
Symboles
Symboles




Héraclès donne son nom à une constellation, la cinquième plus vaste du ciel, déjà répertoriée par Ptolémée dans son Almageste au IIe siècle apr. J.-C. — les astronomes antiques l'appelaient d'abord « l'Agenouillé » (Engonasin), une figure humaine à genoux dont l'identité restait incertaine, avant qu'on n'y reconnaisse Héraclès terrassant le dragon Ladon. Aucune lame de tarot ne lui correspond : les systèmes ésotériques attribuent des figures aux dieux et aux planètes, pas aux héros mortels.
« Il ne peut pas défaire ce qu'il a fait. Il choisit, malgré tout, de continuer. »